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vendredi 30 décembre 2016

La vie sur un fil

Claude Izner, Juillet 42 : les enfants aussi, Hachette Livre, Le livre de poche jeunesse, 2004 [92 p.]




Ou comment Dinah et Tauba, deux jeunes sœurs, ont la vie sauve en étant coincées dans un cinéma une sombre nuit de juillet 1942.

 

samedi 30 novembre 2013

Tombe la neige

Laura KASISCHKE, Esprit d'hiver, Editions Christian Bourgeois, 2013 [276 p.]


Mon résumé :
          
          Le matin du 25 décembre, Holly doit faire face à une drôle de sensation : une angoisse inexplicable surgissant du passé.
Alors que le temps s'agite à l'extérieur, Holly et sa fille adolescente Tatiana se retrouvent confrontées dans un face-à-face intimiste.
  
Ce que j'en pense :
                      
         J'ai effectué cette lecture dans le cadre des « Matchs de la rentrée littéraire 2013 », et je remercie d'abord PriceMinister de m'avoir fait parvenir à titre gracieux cet ouvrage.



         « Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle »... Ce vers de Charles Baudelaire m'a habitée durant toute la lecture.


         L'atmosphère est close : le confinement palpable nous prend dès les premiers mots, et le malaise d'Holly nous envahit peu à peu.


         L'auteur construit son récit sous l'égide de la tragédie antique.
Le dénouement inéluctable est présent dès le départ. La Pythie s'incarne dans la figure de Théodotta, l'infirmière russe. Les signes de mauvais présage se lisent dans la terreur du chat, le combat de poules, etc. Des images macabres reviennent en boucle le long du récit. Les personnages se débattent, vivent, se disputent, mais, n’endigueront pas la menace qui plane.

La fin se lit dès le début. Le destin de la petite Tatiana est déjà tracé, et ce, depuis des années. Depuis qu'Holly et Eric sont allés la chercher en Russie.

Les scènes du passé surgissent ainsi dans le présent d'Holly. La mère adoptive se remémore constamment l'adoption de la jolie Tatie quinze ans plus tôt. Alors que ces flash-back pourraient être joyeux et lumineux, ils ajoutent à la pesanteur de ce présent oppressant et, tels des oracles, annoncent le malheur à venir.


         Le suspens réside donc plutôt en la nature de la tragédie. L'attente de ce dénouement, les sentiments insidieux qui s'infiltrent peu à peu dans le récit, emportent le lecteur de la première à la dernière page.

On s'ennuie ainsi assez peu, même si, je dois dire, que les névroses d'Holly, lisibles dès le début, m'ont tout de même mise en retrait. Ce qui a gentiment assoupi ma lecture à certains moments.


         L'écriture est plutôt agréable. Le style de l'auteur pourrait cependant être beaucoup plus recherché. Mais, lisant en parallèle A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, il est vrai que l'écriture de beaucoup d'auteurs aurait quelque peu souffert la comparaison...



         J'ai enfin trouvé que les thématiques de la maternité et de l'adolescence étaient plutôt bien abordées, avec le changement que provoque l'enfant dans la vie d'une femme (qui se traduit par l'impossibilité d'écrire d'Holly), ainsi que la figure de l'enfant, de sa personnalité, qui échappe peu à peu aux parents.



         En bref, un récit « à atmosphère » agréable.



        
Extrait clé :

« D'après son expérience, la tragédie frappait toujours après de nombreuses semonces (…) et, à la fin, vous étiez en général surpris par le nombre de signes annonciateurs qu'elle vous avait donnés. » [p.95]


 
Musique :


Challenges :



 

mercredi 24 avril 2013

Au bar du coin, il y a...

Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome, Actes Sud, 2012 [208 p.]

Mon résumé :

         Quand le bar de leur village d'enfance se retrouve sans gérant, Matthieu et Libero y voient une magistrale opportunité de revenir sur leur terre et d'aborder la vie autrement. Seulement, peut-on réellement échapper à l'inexorable chute de l'Homme ?


Ce que j'en pense :
         
          J'ai d'abord eu peur. Sortant de plusieurs lectures d'ouvrages de littérature jeunesse, je craignais que le retour à la littérature adulte soit un peu rude et que le livre me tombe rapidement des mains. D'autant plus qu'il s'agissait du dernier Prix Goncourt...

Une fois la première partie terminée, mes craintes se sont rapidement envolées et je me suis laissée happer par ce récit à l'écriture maîtrisée, sans être engoncée.

Les personnages sont truculents et, finalement peu évoqués, hormis la figure de Marcel, le grand-père.
 
J'ai surtout apprécié les passages sur la vie du bar ; en particulier les premières tentatives malheureuses de gérance qui m'ont vraiment faite rire. J'ai aimé ce regard distant, cet humour noir, que l'auteur porte.

Je n'ai pas cherché le message du récit. Je me suis simplement laissée aller à l'atmosphère tantôt légère tantôt pesante et aux péripéties de ces deux copains d'enfance, de leur famille et de leur entourage. Et, ça a plutôt bien réussi.


Extrait :

" Marie-Angèle allait prononcer quelques paroles de circonstance quand il lui déclara que c'était la meilleure chose qui lui soit jamais arrivée, il était enfin débarrassé d'une mégère et de trois gamins aussi idiots qu'ingrats, sans parler de la vieille, qui, avant de sombrer dans le gâtisme et l'incontinence, avait dépensé des trésors de malignité pour lui pourrir la vie, car elle était d'une méchanceté inimaginable, si méchante qu'il la soupçonnait de se réjouir secrètement d'être devenue grabataire et d'avoir ainsi l'assurance d'emmerder le monde jusqu'à la fin de ses jours sans que personne puisse lui en faire le reproche, et il ne faisait pas de doute qu'elle mourait centenaire. " (p.54)


Musique :




Challenge :

    

dimanche 21 avril 2013

Du chocolat en plein coeur

Gabrielle Zevin, La mafia du chocolat, Albin Michel, Collection Wiz, 2012 [390 p.]

 Mon résumé :

         New York. 2083. Dans un pays où le chocolat et le tabac sont prohibés, Anya Balanchine, 16 ans, fille d'un des plus puissants parrains de la mafia, vit une adolescence bien occupée entre ses cours au lycée, son frère et sa petite sœur à surveiller et sa grand-mère mourante.
Dès lors que son ex-petit ami frôle la mort, empoisonné par le chocolat qu'elle lui a donné quelques heures plus tôt, la jeune fille va brusquement devoir faire face au poids de sa famille et à son lourd héritage.

Ce que j'en pense :
      
          J'avoue que la quatrième de couverture me donnait plus qu'envie de lire ce livre. Ajouter à cela que l'ouvrage est publié dans la collection Wiz d'Albin Michel, collection qui m'a déjà procurée de jolis moments de lecture, la lecture s’annonçait sous de bons auspices.

Et... j'ai passé un agréable moment.

L'intrigue m'a de suite emportée – les pages se tournent rapidement et toutes seules.

Le récit est, dans l'ensemble, plein de charme, malgré de nombreuses faiblesses.

Les personnages sont attachants - Anya est forte pour tous, Léo, son frère, est émouvant, Natty, sa petite sœur, rafraîchissante, Win semble être le garçon idéal, etc. - mais sans aspérité aucune.
La morale des personnages qui, quoi qu'il arrive, est sauvée, est terriblement lassante.

L'auteur se perd dans de nombreuses trames narratives qu'elle ne mène pas à bout. L'histoire à la Roméo et Juliette entre Win, fils de procureur, et Anya, fille de parrain, est gentillette et sans grands rebondissements.
Le fil de l'empoisonnement du chocolat et des torts causés au business familial par un de ses membres est très (trop) vite évacué. La peinture de la mafia est d'ailleurs bien trop sirupeuse : on pardonne les coups bas, on s'entraide, on respecte les desiderata d'une jeune fille, etc. Cette position aurait pu tenir si le récit était humoristique, ce qui, même si le ton est léger, n'est pas vraiment le cas.
Enfin, on attend qu'Anya prenne la tête des affaires criminelles et... j'attends encore.

Ce tome sert surtout à mettre en place le contexte, l'atmosphère et les personnages d'une saga à venir et s'axe en priorité sur les relations familiales et amicales de notre héroïne.

En bref, avec pas grand chose, l'auteur parvient tout de même à nous intriguer et à nous donner envie de connaître la suite du destin d'Anya et de sa famille. Ce qui est déjà pas si mal.


Musique :



Challenges :

    

mardi 12 mars 2013

C'est beau un livre la nuit

Joan DIDION, Le bleu de la nuit, Grasset, 2013 [232 p.] 


Mon (très) petit résumé

     Joan Didion revient sur la vie et la mort de sa fille Quintana Roo à travers souvenirs et réflexions. Parler de sa fille disparue, c'est parler de la fin qui approche. Ou l'inverse...


 Ce que j'en pense

     Le récit se lit d'une traite. L'écriture est simple et percutante.

     L'auteur parle en creux de sa fille à travers des fragments épars de souvenirs - fragments à l'image des choix éclectiques de Quintana lors de son mariage qui ouvrent le récit. Mais, surtout, elle nous livre ses réflexions sur la vieillesse, la famille, la solitude - réflexions auxquelles j'ai été sensible.

     Le collage de souvenirs est donc foisonnant sans pour autant être barbant. Même si, j'ai quand même un peu perdu le fil, les repères temporels étant brouillés, comme ils peuvent l'être dans une mémoire humaine.

     En bref, un récit plaisant sans être bouleversant - l'ensemble reste tout de même un peu trop froid à mon goût.


(Très court) Extrait

"Le temps passe. Se peut-il que je n'y aie jamais cru ? Ai-je cru que les nuits bleus pourraient durer à jamais ?" (p.26)

Musique liée



lundi 11 mars 2013

Un homme, un jour, tu seras, mon fils !

Philip ROTH, Indignation, Gallimard, 2008 [195 p.]


Mon petit résumé :

     Marcus Messner, jeune homme de 19 ans, part faire ses études au Winesburg College, dans le fin fond de l'Ohio, pour échapper à l'amour inconditionnel et aux peurs débordantes de son père. Sur fond de Guerre de Corèe, il y découvrira la vie en collectivité, le désir, la colère, etc.



Ce que j'en pense :

     Je suis mitigée...

     Le livre est bien écrit. Il dresse le portrait d'une époque, celui de l'Amérique des années 50 et de son puritanisme ambiant.

     J'ai été cependant peu sensible aux turpitudes et indignations intimes de ce jeune homme à demi-mort, sous morphine, qui, durant son court passage à l'Université, craint à chaque moment son renvoi, renvoi qui le mènera au front, à la mort certaine.

     Le suspense tient tout du long au motif de ce renvoi inéluctable : son insolence envers le doyen ? sa mésentente avec ses colocataires successifs ? ses écarts de conduite avec sa copine suicidaire ? ou bien, serait-ce simplement "(une de ses) décisions les plus banales, fortuites (...) qui aura une conséquence des plus totalement disproportionnées" ?

     Un livre que je ne regrette toutefois pas d'avoir lu - d'autant plus qu'il est mon premier Philip Roth (!) - mais, auquel je n'ai pas été sensible et dont il ne me restera, à long terme, pas grand-chose...